Vendredi 13 mars 2015 :

Réveil à 6h pour une sortie longue à jeun fixé à 6h30. Les futurs marathoniens : Zeinab, Fatou, Clovis, Olivier, Jérôme, Lionel et François sont aux anges. Bob préconise une sortie de 1h30 pour le groupe 1. Pour mon groupe, ce sera 1h15 et pour le groupe 3 une heure tout rond. Chacun des groupes part avec un accompagnateur du staff ainsi qu’un Kenyan. Enock, Emmanuel et Paul. Julien est blessé, il restera à la salle de sport avec un programme adapté. Le départ se fait depuis l’hôtel. Rapidement, il y a une bonne côte, on la connaît bien. Afin de ne pas trop puiser dans l’organisme, nous allons démarrer en marchant pour faire monter progressivement le cardio. Nous enchaînons avec un footing de 13,8 kilomètres. Nous quittons la route principale pour suivre des pistes de terre ocre typiques de la région. Le parcours commence par une bonne montée. Puis vient une descente, l’allure augmente, mais je reste prudent et arrive à m’accrocher au groupe. J’en garde en réserve car ici tout se paye tôt ou tard. Bob, nous a averti : « ici, ce n’est jamais plat. Quand vous descendrez, il faudra ensuite le remonter !». Sous ces conseils, j’ai également glissé un billet de 100 shillings dans mon short. En cas de douleur ou si je n’arrive pas à suivre le rythme, je prendrai un matatu pour rejoindre l’hôtel. Comme tous les matins, nous croisons de nombreux enfants qui partent pour l’école. Nous prenons le temps de serrer quelques mains et d’échanger des  sourires. Une phrase revient régulièrement : “how are you ?” que les enfants crient même au loin avec souvent un mouvement de la main nous saluant. Au détour d’une longue descente, nous entendons des bruits de pas, il s’agit d’un groupe d’athlètes. Il est vraiment impressionnant.

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Bob nous en a parlé. Il y a dans ces groupes des spécialistes ayant des profils différents allant du coureur de 800 mètres jusqu’au marathonien. Durant cet entraînement, il n’y a plus de champion du monde ou de champion olympique, ça attaque de tous les côtés et les changements de rythme sont violents. Un seul but : faire exploser le peloton.

Ils sont près d’une cinquantaine à marteler le sol d’un pas déterminé avec un rythme qui me satisferait grandement. Ils doivent être en footing de récupération ou en phase de retour au calme du fameux fartlek. Un du groupe crie : “go muzungu” ! Littéralement, “allez les blancs!”. La dernière montée me finit. Je suis au ralenti, à plus de 7 minutes au kilomètre, il commence également à faire chaud et la poussière est très présente. Je suis néanmoins content de finir cette séance. Compte tenu du paysage et des rencontres, les kilomètres et le chrono passent rapidement. J’ai les jambes lourdes, mais me sent bien. A l’arrivée, je donne le coupe-vent rouge Asics du club de mon père. Emmanuel est super content.

Pour cet après-midi, il est prévu une séance de PPG, j’ai le temps de récupérer. On repart en petit groupe faire un tour en ville avant le déjeuner. On profite pour aller au marché ou se vend les épices et les légumes. On se pose également dans un café pour siroter un soda.

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Je fais ma première sieste des vacances : 1h45, je crois que j’en avais besoin.

A 17h, j’ai du mal à suivre la séance gainage coordonnée par Pierre-Evan et Valentin F avec Bob en observation. On s’installe sur l’herbe devant le départ de la piste de parapente. Quelle vue ! Il commence à pleuvoir, les premières gouttes des vacances, c’est vraiment léger. Bob décide rapidement de séparer le groupe en 2 du fait de la différence de niveau. Sûrement à tort, mais je fais très rarement ces exercices et suis mis donc d’office dans le second groupe. Laurent reprend la main avec des pompes et divers exercices.

Repas et debriefing habituel qui annonce une grosse journée pour demain. Je confirme également ma présence pour le safari dans une réserve située à quelques kilomètres d’Iten pour l’après-midi. François avec son humour décalé continue ses blagues. Il cherche à acheter de l’ugali en ville. Bob lui déconseille d’en ramener dans sa valise.

Je reste au bar. Bob y est systématiquement de 22h à 23h. En effet, il est soumis au contrôle de l’agence mondiale contre le dopage. Il doit donc fixer une heure par jour durant laquelle il est à disposition et joignable. Sous les conseils de Bob, je commande un Alvaro. C’est la première fois que j’y goûte, c’est super bon. Le géant industriel kenyan East African Breweries Limited, qui produit la marque de bière Tusker, a lancé en 2008 cette boisson non alcoolisée. Avec ses saveurs ananas et pêche, Alvaro fait même de l’ombre aux géants américains. Bob continue avec ses anecdotes, il pourrait facilement en faire un livre. La majorité des stagiaires sont déjà couchée, Il nous parle notamment de son premier cross du figaro, son meeting à Rieti ou de sa belle histoire avec Arthémon Hatungimana, jeune burundais et futur médaillé au 800 mètres au championnat du monde de Göteborg en 1995. C’est d’ailleurs maintenant l’entraîneur du fils de Jean-Pierre au PUC.

Samedi 14 mars 2015 :

Notre dernière journée complète à Iten s’annonce bien chargée. Au programme à 9h, une séance sur la piste du Karaminy coupée par des fractionnée dans les côtes.

Footing d’échauffement de 20 min pour arriver au stade. Des moutons ont rejoint le centre de la piste, c’est mieux que la tondeuse à gazon. On enchaîne ensuite avec les habituels éducatifs et ligne droite. Les 3 groupes sont de nouveau constitués. Je vais m’accrocher.

Bob annonce la séance : 3 x (400-300-200-150) avec 400m lent en guise de récupération entre les 3 séries + 6 côtes de 150m (2 au train, 2 X 50m vite/50m lent/50m vite, 2 en progression pour finir à bloc) + 200-200-300. En distance d’effort, cela représente presque 5 km et une séance de plus de 2h.

A partir de la fin du second block, je commence à décrocher. Je manque de rythme. Bob me demande de m’accrocher, de partir avec le groupe et de m’arrêter 50m ou 100m plus tôt que les autres selon la distance. J’arrive à limiter la casse. On enchaîne ensuite avec les côtes. Elle est située juste à côté du stade, Bob la fractionne en 3 fois 50 mètres. Le rythme selon les séries est très différent, cela permet de varier les plaisirs. La cardio et l’acide lactique commence à remonter dans les cuisses. La chaleur et la poussière sont toujours très présentes. La séance passe plus rapidement que je ne le pensais.

On retourne ensuite sur la piste pour le dernier block. Bob nous annonce finalement que nous ne ferons que 2 fois 200 mètres mais il veut qu’on finisse à fond. Ce fut le cas, on finit tous sur le côté de la pelouse effondré. Mon débardeur blanc a pris des tendances ocre. Ce fut une sacrée séance, content d’en avoir fini.

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Sur les grilles du stade, un panneau annonce une compétition jeudi prochain. Le niveau risque d’être relevé. Ce sera un 3 000 mètres masculin et un féminin. Les vainqueurs recevront 6 000 schillings. Les 3 premiers seront récompensés avec une parité dans les primes. C’est dommage que l’on rate ça. Depuis le premier jour, j’avais aperçu des baraquements abandonnés qui bordaient le long du stade. C’est en fait, les premiers camps d’entraînements. Ils n’ont pas été bien loin, ils sont à 5 mètres de la cendrée et sont dorénavant fermés du fait notamment des problèmes d’hygiène. Par curiosité et en compagnie d’Alexandre L, je rentre dans une des baraques en bois. On y trouve de sombre et minuscule pièces tapissées de journaux montrant les unes de champions d’athlétisme. On y reconnaît aisément Haile Gebreselassie, le célèbre voisin Ethiopien. Les conditions de vie devaient être vraiment sommaires. On y trouve également une épicerie et même une caserne de pompier pour nos amis Laurent et Greg.

L’histoire des camps d’entraînement au Kenya remonte à près de 50 ans. Peu avant les Jeux Olympiques de Mexico, on parquait déjà, dans quelques baraquements sommaires, quelques espoirs ou futurs portes drapeaux. Les objectifs étaient clairement définis par la haute hiérarchie d’un Etat seulement indépendant depuis décembre 1963 : vous êtes des soldats, vous êtes nos ambassadeurs, vous devez gagner des médailles. Kip Keino remporte la première médaille d’or olympique du Kenya en 1968 sur le 1 500 mètres et fini second du 5 000 mètres.

La formule moderne des camps d’entraînement remonte au milieu des années 90. Les premiers sponsors sont déjà là et les premiers coureurs européens osent ce grand voyage. Ce sont des baroudeurs, des aventuriers, des pionniers, Bob en fait parti. Ils ne craignent pas cette route montagneuse et ses embûches pour rejoindre Nyahururu où est implanté le fameux camp de Moses Kiptanui. Ils ne redoutent pas de dormir à la dure dans de modestes hôtels où les repas sont à base d’ugali et de chapatis. Ils sont portés par le désir de comprendre, d’interpréter, d’analyser comment ces Kenyans arrivent à rafler toutes les médailles des podiums des championnats sur fond et du demi-fond.

Maintenant, des dizaines de centres d’entraînement se sont formés notamment à Eldoret et à Iten. Pour la plupart, ces derniers ont été créés par des athlètes retraités ou non, investissant dans des sortes de motels à la kenyane, plus ou moins rustiques, pour accueillir ces travailleurs immigrés du monde rural en quête eux aussi d’endurance et d’un hypothétique passeport pour le succès. Quelques shillings peuvent suffire pour rester dans ces camps à s’entraîner avec l’objectif de se faire repérer par un manager. Pour d’autres, il s’agit de trouver refuge chez un parent pour se greffer sur un groupe. Le chemin de la gloire est simple : plusieurs séances par jour. Cela commence généralement par un footing le matin au chant du coq, puis en matinée sur la cendrée, pour finir le soir pour un footing de récupération.

Nous partons vers 14h. C’est l’heure du safari, que Bob arrive à négocier à 1 000 schillings soit 10€ par personne. Nous sommes beaucoup moins nombreux que mercredi. La réserve naturelle de Sergoit est pourtant située à environ 40 minutes d’Iten. C’est déjà plus raisonnable. Nous partons à 7, un seul matatu est nécessaire. Peu avant l’arrivée, on voit au loin des girafes, on sent que ça se précise. On arrive devant l’entrée, de longues et hautes barrières clôturent la réserve, on se sent un peu dans Jurassic Park. Le safari se fera en marchant, un ranger avec une combinaison verte mentionnant Kruger, comme le célèbre parc sud-africain, nous accompagne. Le petit groupe se dirige vers une forêt d’eucalyptus, on y croise nos premières gazelles et impalas. A notre approche, elle détale rapidement avec des enjambées dignes de triple-sauteur. On poursuit la marche et on tombe sur une étendue d’eau. On y aperçoit des échassiers et surtout une colonie de grues couronnées, sympa leurs petites houpettes. On continue d’avancer et tombons sur une gazelle morte. Un renard est passé par là. Au loin, on voit deux girafes, le guide décide de les contourner en nous dirigeant vers un petit bois. A l’arrivée du bosquet, nous croisons de nouveau des gazelles apeurées et tombons nez à nez avec 3 girafes en train de déguster des pousses d’acacias. Je suis impressionné par leur taille et leur trait. Rapidement, une des girafes prend la pose pendant que les deux autres continuent d’apprécier leur repas. On en profite pour les mitrailler de photos et prendre des selfies. La plus proche est à peine à une dizaine de mètres. Hamid nous cite la fameuse phrase du le séjour : « Guillaume, on est où là ? ».  Yoan filme la scène avec le caméscope. Pierre-Evan enfile le maillot de Saint-Malo pour une dernière pose tandis qu’Olivier et Christophe continue d’admirer la grande Sophie. On les laisse tranquille et reprenons notre marche, quelques minutes plus tard, nous retrouvons 2 nouvelles girafes. En fait, c’étaient celles que l’on devait voir initialement. Elles sont un peu plus éloignées et moins en confiance. Le parc Sergoit accueille 15 girafes, on a donc eu de la chance. Christophe avait déclenché son GPS, on a fait plus 5 kilomètres durant la balade de 2 heures. Je ne suis pas déçu, cela ne valait vraiment pas la peine de s’en priver.

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Sur le retour à Iten, nous nous arrêtons devant la piste de Lornah Kiplagat pour une dernière photo. Nous étions passés devant lors de notre sortie longue de la veille. Il est déjà plus de 17h45, nous retrouvons le groupe devant l’arche, ils font le dernier footing de récupération. Nous avons raté la dernière photo devant la passerelle du restaurant, le safari en valait la peine.

Je suis décidé à faire un dernier footing de récupération. Pierre-Evan est également motivé. Je lui propose de retourner au stade. J’aimerai y faire mes dernières vidéos dont celle pour remercier notamment ceux qui ont participé à la collecte de vêtement. Malgré la séance de ce matin et le safari, J’ai la forme. Nous regagnons le stade en un peu plus de 18 minutes avec des passages à plus de 15km/h. Je commence à retrouver mes jambes sur la fin du séjour. On croise le groupe de Jean-Pierre accompagné par Brian, qui doit avoir 6 ans et qui réalisera près de 6 km pieds nus avec ce groupe. A mon retour, Jérôme me raconte avec beaucoup d’émotions ce passage.

Nous sommes seuls au stade, c’est vraiment un instant privilégié, la lumière est magique et commence à tomber sur la vallée. Sur le retour, nous continuons sur un bon rythme en finissant sur du 16 km/h. On croise des enfants dont le dos est chargé de branches et de morceaux de bois, ils ont néanmoins le sourire.

Après une Tusker, c’est déjà l’heure du dernier debriefing. Bob annonce qu’il amènera les dernières affaires présentes dans la salle de conférence à la Saint Patrick’s High School. Nous remettrons également une enveloppe demain aux 3 kenyans qui nous aurons accompagnés durant nos entraînements. Cela sent déjà la fin du séjour. Bob annonce que le stage a été une réussite et qu’il pense reconduire prochainement cette expérience. Ce sera toujours sur ses terrains d’entraînement, peut-être à Fort-Romeu, dans les Vosges, en Ethiopie, en Afrique du Sud (Potchefstroomn) et bien naturellement à Iten. Je sens que quelques potes seraient déjà partants.

Dimanche 15 mars 2015 :

Il est 6h30, dernier footing à jeun finissant par un dernier tour de piste au Kamariny Stadium. Le groupe intermédiaire fait presque 9 kilomètres. Fatou, Clovis et François jouent les prolongations, ils veulent franchir le cap des 100 kilomètres durant la semaine. Le premier groupe en est déjà à 130 km.

J’avais ramené 2 sacs plastiques. Je récupère, au bord du chemin, un peu de terre rouge et également celle de la piste qui nous aura accompagné durant le séjour. Je profite jusqu’au dernier instant de ce moment, je n’aurais peut-être jamais l’occasion de revenir ici. Nous rentrons avec un peu de nostalgie, c’est la dernière fois que l’on emprunte ce petit chemin.

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Je finalise mon sac, le départ est prévu à 11h. C’est beaucoup plus simple qu’à l’aller. Je n’ai plus que mon sac à dos qui m’a suivi lors de mes derniers périples. Je vais pouvoir y coudre un nouveau drapeau à mon retour. Il doit faire un petit plus de 10 kilos, pas de comparaisons par rapport à l’aller. J’y ai glissé dedans un grand sac de sport qui est maintenant vide.

L’heure du départ est arrivée, le minibus a presque une heure de retard. Jean-Pierre, en bon père de famille, avait prévu le coup en négociant avec Bob un départ plus tôt. En effet, notre vol n’est qu’à 23h40, mais il faut s’attendre à tout, « on est en Afrique ». On croise les doigts pour éviter la crevaison ou la panne, nous ne sommes pas à l’abri. Nous avons 9h de trajet pour rejoindre la capitale. Bob avait prévu le plan B au cas où, des matatus étaient prêts à arriver en cas de retard trop important du minibus. Enock, Emmanuel et Paul sont sur le toit, ils nous aident à charger les valises.

Nous savourons les derniers moments de partage avec Bob, un grand athlète et un grand Monsieur. Au-delà de l’aspect sportif, ce séjour restera inoubliable au niveau des rencontres et de cette expérience partagée. Je lui souhaite un bon courage pour la suite de sa préparation et lui donne rendez-vous le 25 août 2015 pour la finale du championnat du monde à Pékin sur le 3 000 mètres steeple, on sera tous derrière lui.

Comme dit Bob, on pourra dire : « maintenant je sais ce que c’est le Kenya ! »

Nous arrivons sans encombre à l’aéroport de Nairobi vers 20h. Nous procédons au rapide enregistrement des valises. Cela sent vraiment la fin. Nous embarquons dans le vol Kenya Airways, direct pour Paris.

Lundi 16 mars 2015 : NAIROBI – PARIS CDG

Je dors pratiquement tout le voyage. Au moins, je ne dérange pas M’hamed, mon voisin durant le vol. Il faut que je sois en forme. Après les 21h de transport, j’enchaîne directement avec ma journée de travail. Le vol atterrit comme prévu à 6h20. Le temps de récupérer mon sac, de prendre un petit déjeuner, je suis déjà dans le TGV en direction de Marne-la-Vallée. J’arrive au travail avec ma barbe d’une semaine, je prends rapidement ma douche et suis opérationnel à 9h. La réalité parisienne me rattrape, j’ai plus de 250 mails à consulter mais ai encore la tête à Iten.

Même si des centaines de coureurs du monde entier viennent à Iten, entreprendre un tel voyage reste une aventure. Voyage initiatique pour nombreux d’entre nous, séjour presque monastique pour certains, un stage à Iten c’est quand même particulier. Tout a été dit, tout a été écrit, tout a été filmé mais rien ne remplace le contact du pied avec la terre rouge, avec ces hommes, ces femmes et enfants que l’on croise avec le sourire dès le petit matin.

Tout le monde s’attend à ce que j’améliore mes chronos après mon passage en Kenya. Je retiens surtout l’ouverture sur les autres et je me sens encore plus privilégié d’avoir grandi dans mon environnement. Après mes retours de voyage, j’entends souvent le refrain de la chanson de Maxime Le Forestier, « Etre né quelque part ». Je l’ai de nouveau dans la tête.

Pour conclure, je tenais à remercier Bob Tahri pour la qualité et l’animation très professionnelle de ce stage ainsi que toute l’équipe qui a coordonné cette aventure : Jean-Pierre, Laurent et Bruno.

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