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Un samedi matin pas si ordinaire en date du 8 novembre 2014, je reçois une notification sur Facebook. Depuis déjà plusieurs années, je suis fan de la page de Bob Tahri, champion d’une discipline si particulière : le 3 000 mètres steeple, chasse gardée de la légion Kenyane.

Bob y publie un message pas si anodin : « Comme chaque année depuis 15 ans je retournerais en mars au Kenya pour un stage en altitude. Je propose à un petit groupe de m’accompagner pour vivre l’expérience Kenyane. Quel que soit ton niveau, si tu es motivé et que la notion de dépassement de soi te parle, tu as alors ta place dans ce voyage. Si t’es chaud, viens avec moi ! Go Hard or Go Home». Résultat : Plus de 720 likes et 160 commentaires !

En quelques instants, je me projette déjà sur la fameuse piste rouge et je vois défiler les images des reportages d’Intérieur Sport diffusés en 2009 puis 2011 et plus récemment par Beinsport à travers Iten, home of the champions. Je me dis d’abord que je n’aurai jamais le niveau puis après tout, il parle de motivation. De ce côté-là, je pense avoir mes chances et l’idée de faire partie de cette aventure commence à m’envahir l’esprit. Je suis déjà en train de visionner les reportages et me dit que ce serait fantastique de passer quelques jours dans la Vallée du Rift, de voir de mes propres yeux l’environnement qui entoure tous ces champions. La cerise sur le gâteau : passer une semaine avec Bob Tahri, rare français sur le demi-fond à avoir contrarier la suprématie des coureurs nés sur la corne de l’Afrique de l’est. Je revois encore cette dernière barrière et fameuse ligne droite qui m’a fait décoller de mon canapé lors de la finale des championnats du monde en août 2009 à Berlin. Quel champion et quel mental !

Le 19 novembre 2014, je suis invité au forum des images à Châtelet-les-Halles pour la cérémonie de remise des prix de l’Ultra Trail World Tour 2014. Après la projection des reportages sur les plus belles épreuves de cette discipline extrême dont notamment le fameux Ultra-Trail du Mont Blanc, la diagonale des fous à la réunion, le marathon des sables ou l’Ultra-Trail du Mont Fuji, je croise Jean-Pierre Run Run. Nous nous connaissons depuis plusieurs mois à travers notamment les pasta party qu’il organise. Je suis assidument son blog où il diffuse régulièrement des interviews de champions d’athlétisme ou nous fait vivre certaines courses avec sa Go Pro comme au dernier marathon de New York. On parle des prochaines courses à venir et de ses objectifs. Je lui parle rapidement de cette notification de Bob Tahri. Il me dévoile qu’il a soumis cette idée à Bob et qu’il sera dans l’organisation de ce premier stage. Plus de 400 messages ont été réceptionnés suite à cette publication, je ne suis pas le seul à rêver de cette piste rouge. Le lendemain, j’envoie mon formulaire avec mes records par distances et doit remplir un encadré : « Quelles sont vos attente de ce stage ».

Ci-après mon annotation : « Ce stage au Kenya, terre d’athlète et de champions, permet d’allier mes 2 grandes passions (le voyage et la course à pied). Ce privilège est une parenthèse inattendue mais tant rêvée et vécue depuis des années au travers des reportages. La vallée d’Iten et sa fameuse piste ocre, où tant de champions ont sués, est pour moi l’opportunité de revenir à l’essentiel : écouter mon corps et repousser mes limites. Le fameux « Go hard or gome home » me parle bien car on apprend beaucoup avec la course à pied, elle nous rend humble et renforce les liens humains. Il n’y a pas de secrets : pas de RP sans entraînement et préparation, le hasard n’existe pas, chacun est à sa place. »

Le 26 novembre 2014, une publication est notifiée sur facebook. Elle annonce que les heureux élus ont reçus un mail. Je me précipite sur mon courriel : rien. Je regarde dans les courriers indésirables : pas de mail de non plus. J’avoue que je suis un peu déçu mais c’est le destin et ma candidature est sans doute arrivée dans les dernières. Je relis mon encadré et me dis que j’aurais pu mieux faire. Un certain lundi 1er décembre, je reçois un mail précisant qu’il y a eu plusieurs désistements ainsi que le message suivant :

« Félicitations Matthieu, tu fais parti des sélectionnés pour le stage au Kenya. Outre les performances sportives, j’ai retenu ta motivation. Tu m’accompagneras du samedi 7 mars au dimanche 15 mars à Iten au Kenya pour vivre un truc de dingue ! »

Je ne peux même pas décrire l’euphorie que je ressens, je me projette déjà là-bas. Il va falloir assurer et que je me prépare correctement. Durant ma pause du midi, je chausse mes baskets et part faire un footing près de Disney. Je compte les jours sur le calendrier : il reste 97 jours ! Blandine avec qui j’ai couru plusieurs fois faisait initialement partie de l’aventure, pour des raisons professionnelles, elle doit renoncer. Je pense que je prends sa place.

Par excès (22 courses en 2014) et un peu accroc je l’avoue, je me blesse tout d’abord au mollet gauche lors de la corrida de Houilles, puis ce sera au mollet droit lors des foulées de Vincennes. L’ostéopathe que je consulte pour la première fois me remet une première fois le bassin en place. Je vais ensuite voir le kiné, recommandé par la team KM Mania, il m’annonce que j’ai une déchirure au niveau du mollet. On est le 17 février, il me reste 19 jours avant ce grand départ. Il faut que j’arrête complétement le sport, m’astreindre à des étirements tous les jours, glacer le mollet 3 fois par jour pour faciliter la cicatrisation de la déchirure et enfin croiser les doigts. Je lis tous les articles en ligne sur ce type de blessure et commence à manger des sardines tous les jours : je ne sais pas si cela va marcher mais je tente. C’est quand même de la folie cette histoire, je me blesse vraiment au pire moment, je reste néanmoins positif. Je profiterai au maximum de cette aventure même sur une jambe. Le cadre et l’ambiance seront déjà extraordinaires.

Depuis mon voyage à travers la région du Rajasthan en Inde en septembre 2009, je reviens systématiquement avec un sac à dos vide de mes affaires en les distribuant au fil des rencontres. Ainsi, j’ai usé ma bosse dans plus de 40 pays à travers les 5 continents et ai envie d’aller un peu plus loin dans cette démarche. Plusieurs points y contribuent : je pars vivre une expérience humaine et sportive dans une ville de 40 000 habitants isolée dans la vallée du Rift au Kenya. Mon armoire et celle de mes amis sont pleins de maillots de courses que nous mettons rarement. Je voyage avec un groupe de 30 personnes et nous avons le droit à 2 valises de 23 kg chacune. Tous les ingrédients sont présents pour faire une collecte de vêtements. J’en parle à mes collègues et poste un message sur Facebook 20 jours avant mon départ. Je suis vite touché par la générosité de mes amis et arrive rapidement à collecter plus de 75 kg de vêtements et chaussures. Au bout de 10 jours, il est plus raisonnable d’arrêter la collecte car il va falloir dorénavant organiser la répartition des affaires. Je contacte environ 10 membres du stage afin qu’ils me réservent un peu de places dans leur sac, certains auront même un sac supplémentaire à enregistrer sous leur nom. Tout le monde accepte avec plaisir, cela fera des heureux à Iten.

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En parallèle, je contacte Nathalie Favreau que j’avais rencontrée lors d’une session avec la boutique Marathon il y a déjà près de 2 ans. Elle gère depuis plusieurs années l’association Fungana (qui signifie accompagner en Swahili) dont le parrain est Yoann Kowal, champion d’Europe du 3 000 steeple après la disqualification de Mahiedine Mekhissi. Un meeting est notamment organisé tous les ans afin de récolter des fonds qui a déjà permis de financer la rénovation des salles de classe de la Iten Primary School. Cette association réalise un formidable travail et j’ai vraiment envie de faire quelques choses de particulier pour ces enfants. J’ai réussi à collecter près de 19 kg d’affaires pour eux. Il est naturel que l’intégralité des affaires aille aux élèves de cette école. Nathalie me donne plusieurs de ses contacts et je leur écrit directement. Le rendez-vous est rapidement pris, ce sera le mardi 10 mars.

Deux jours avant de partir, je suis cloué au lit. J’appelle en urgence SOS Médecins. Résultat : grosse rhino-pharyngite. Il ne manquait plus que ça, je dois également annuler ma dernière séance de kiné. Pour la première fois en plus de 11 ans de vie professionnelle, je suis en arrêt maladie. Je dors toute la veille de mon départ et arrive à finaliser mes valises. Je ne pense pas que l’on puisse partir dans de plus mauvaises conditions.

Samedi 7 mars 2015 : PARIS CDG – AMSTERDAM puis 5h d’escale avant le vol AMSTERDAM – NAIROBI

Le rendez-vous est fixé à 11h25 devant le Colombus Café du terminal 2F. Un petit groupe est déjà présent lorsque j’arrive avec mon chariot rempli de sacs et de valises. Naturellement, plusieurs stagiaires viennent à ma rencontre pour compléter leur valise ou récupérer leur sac. En mois d’un quart d’heure tout est réparti. On a maintenant le temps de faire connaissance. Nous n’arriverons que le lendemain à Iten. Nous sommes au total 31, venant des 4 coins de la France avec une passion commune. Parmi nous, 2 adolescents, Guillaume et Yoan accompagnés par leur éducateur Hamid. Ils viennent vivre l’aventure kenyane. Bob  est le parrain de la Maison de l’Enfance à Caractère Social de Moissons-Nouvelles située à Woippy près de Metz. Tout le monde arrive à l’heure. Bruno le doc a juste oublié son carnet de santé avec son vaccin. Il arrive à se faire scanner à la dernière minute la page, il se fait bien charrier au passage.

Les formalités liées à l’enregistrement des bagages et passage de douane se passent rapidement. On mange un sandwich, il est déjà l’heure de décoller. C’est le baptême de l’air d’Alexandre G, il y a pire comme destination. Il appréhende un peu, François le titille déjà. Le vol passe très rapidement. On atterrit dans la capitale batave. 5h d’escale, on évitera ce détour dans un peu plus d’une semaine. L’organisation a préféré prendre ce vol pour laisser le temps à tous les stagiaires de rejoindre Paris et éviter le coût d’une chambre à certain. L’autre raison est le fait qu’il est fortement déconseillé de circuler de nuit au Kenya. Nous rejoindrons donc Iten depuis Nairobi par l’intermédiaire d’un minibus. Le trajet annoncé est de 5 à 6 heures. On devrait atteindre notre destination vers 15h (heure locale). Il y avait la possibilité de prendre un vol interne entre Nairobi et Eldoret. Cependant, la compagnie est blacklistée. La solution du bus a donc été privilégiée. Durant l’escale, on se pose dans un bar pour boire une bière devant le match du PSG. Victoire facile contre Lens, bon signe à quelques jours du match de ligue des champions. En parallèle, d’autres suivent par wifi le championnat d’Europe en salle à Prague avec notamment le nouveau sacre de Renaud Lavillenie. Finalement, le vol a du retard, nous faisons une escale de plus de 6h30. La fouille avant le départ est plus poussée. Nous sommes en alerte rouge et la menace terroriste est élevée surtout à Nairobi et Monbassa. Nous y resterons très peu de temps et avons rendez-vous en terre connue : Iten dans la Vallée du Rift à 332 km au nord-ouest de la capitale.

Dimanche 8 mars 2015 :

Nous embarquons finalement sur le vol KQO117 de la compagnie Kenyan Airways. Je dors pratiquement tout le vol qui dure 8h20m. Nous remplissons les formalités habituelles de douane avec notamment le visa. Il coûte 40 € ou 50 $. C’est plutôt rapide, j’ai bien fait de ne pas m’occuper de cette formalité à Paris. Le groupe passe un à un, nous nous retrouvons autour du tapis pour récupérer l’ensemble des sacs. J’oublie au passage mon appareil photo au comptoir des visas, heureusement je m’en aperçois assez rapidement, ça allait bien commencer ! Je charge l’ensemble des sacs sur un chariot. Au dernier passage de la douane, Guillaume G et moi ne passons pas inaperçus avec nos caddies chargés de valises. Bien évidemment, on se fait arrêter. On explique que l’on est un groupe. Elle ouvre 2 de mes sacs. Je lui explique que ce sont des vêtements pour une association. Elle commence à m’expliquer que les donations sont règlementées. Je reste calme et elle finit par nous laisser passer mais précise qu’il faudra être vigilant pour les prochaines fois. Jean-Pierre a retrouvé son contact qui l’attendait avec une pancarte indiquant : POP- PAHRI GROUP, j’avoue qu’il fallait lire entre les lignes. On rejoint le groupe qui est positionné devant les 2 bus. La montagne de valises est impressionnante, il va falloir maintenant les monter sur le toit du minibus et surtout jouer à Tetris. On attend bien une heure avant de partir. Avec toutes ses histoires, il est déjà 10h.

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Je me positionne vers l’arrière du mini-bus, cela ne sera pas la meilleure des idées. Les suspensions ont bien vécues et les dos d’âne présent tout le long de la route feront de ce parcours de véritables montagnes russes. Ce matin a lieu le premier semi-marathon féminin à Nairobi. Nous sommes ainsi obligés de faire un long détour pour rejoindre notre destination. Le chauffeur lance un DVD avec des clips de musique locale dont le fameux Diamond Platnumz – Ntampata Wapi. On fait rapidement le tour du DVD qui redémarre en boucle. On commence à connaître les chansons par cœur et la fatigue se fait ressentir pour certain. Nous avons surtout hâte de rencontrer Bob et de fouler la fameuse piste rouge. Nous arrivons à Nakuru vers 14h. Cette ville est située à la moitié du trajet, je commence à penser que les 5 à 6h de trajet sont ambitieux. On s’arrête environ 45 minutes dans un centre commercial à l’européenne. Cela fait également du bien de se dégourdir les jambes. Le chauffeur nous répète qu’il reste encore 2h de trajet. Il ne doit pas avoir la notion du temps, car il nous disait déjà ça il y a quelques heures. Peu de temps après, nous apercevons le panneau précisant que nous franchissons la ligne symbolique de l’Equateur. Une grande première pour moi. Nous arrivons finalement au Kerio View Hotel vers 19h45. Iten, ça se mérite, je suis parti de chez moi il y a déjà plus de 31 heures ! C’est beaucoup plus pour la majorité du groupe.

Iten est une ville atypique. Lors du premier debriefing, Bob nous explique qu’il y a ici 40 000 habitants dont environ 2 500 coureurs. Ces derniers vivent généralement en camp d’entraînement pour la semaine avant de rentrer chez eux durant le weekend. On le remarquera rapidement : ici c’est aussi comme déambuler dans un musée vivant de la course à pied. Stars de demain comme champions olympiques ou recordmen du monde viennent courir côte à côte dans ces collines vallonnées, destination privilégiée d’entraînement pour l’élite mondiale. Nichée au cœur de collines à quelque 2 400 mètres d’altitude, surplombant l’une des spectaculaires falaises de la vallée du Rift et sillonnée de pistes de terre rouge, notre hôtel est vraiment incroyable. Je ne m’attendais pas à un tel confort. C’est vraiment le cadre idéal pour l’entraînement et la détente.

La région d’Iten a depuis longtemps produit de grands champions de course à pied. Ici, courir est perçu comme une opportunité d’accéder à la célébrité et à l’argent, suscitant une culture de la course à pied et un vivier de talents. Bob nous explique que c’est la vingtième fois qu’il vient ici. C’est un peu comme sa seconde maison. Il a privilégié un endroit confortable car nous restons réellement que 8 jours sur place. Il y a également ici moins de risques d’avoir des problèmes intestinaux qui peuvent gâcher rapidement le séjour. Nous sommes réparti par chambre de 2. Le critère est l’année de naissance. Je suis avec Jérôme qui avait réservé un peu de place dans sa valise. Il habite à Lyon mais à l’accent chantant du Sud-Est. Il est notamment formateur sur les machines Powerplate (je conseille le visionnage de sa vidéo sur Youtube) et pigiste sur u-run.fr et jogging international. Il risque d’avoir pas mal de choses à raconter à la fin du séjour !

Bob nous présente les équipes : Jean Pierre Run Run que l’on ne présente plus. Laurent, pompier et ancien coureur de 400 mètres (participation au relais 4X400 mètres au championnat d’Europe à Barcelone en 2010) et Bruno, le doc et kiné (il s’occupe également du centre de formation de l’équipe de football du FC Metz depuis plus de 20 ans).

Le programme de demain est allégé. Il faut que l’on récupère du transport et que l’on s’acclimate à l’altitude. Rendez-vous devant la grille d’entrée à 7h45 pour une marche active de 45 minutes où l’on rejoindra le stade Kamariny. Petit déjeuner à 9h. Déjeuner à 13h. Séance PPG (Préparation Physique Générale) et condition physique à 17h. Diner à 19h30 et briefing quotidien de la journée fixé à 20h45 dans la salle de conférence. On nous distribue à chacun un t-shirt floqué « Bob Tahri – Training camp », je prévois de le faire dédicacer par Bob.

Après avoir regroupé l’ensemble de mes sacs dans la chambre, je rejoins le groupe au restaurant. Les baies vitrées laissent préjuger d’une vue panoramique incroyable sur la vallée du Rift. On se réserve ça pour demain matin. On se jette sur le buffet qui est très copieux et variés. Il est temps de tomber dans les bras de Morphée, je continue de tousser. Les antibiotiques ont néanmoins fait effet à la vue de mon état de jeudi soir.

Lundi 9 mars 2015 :

Je fixe le réveil à 7h. Je suis néanmoins débout à la première lueur du soleil et réveillé par l’agréable chant des oiseaux. Il est 6h, soit 4h en France. Je m’habille rapidement car il fait frais et prend mon appareil photo. Je ne peux pas manquer ça et m’installe sur la passerelle située au pied du restaurant. Quel instant privilégié ! Je suis seul. Ici la vie est rythmée par le soleil. Les uniques bruits sont ceux des oiseaux et les premiers chants du coq (kuwika en swahili) retentissent dans la vallée. La vue est à couper le souffle. Au loin, une étendue d’eau. La ligne de l’horizon commence à se dessiner et le ciel rosi progressivement. Le paysage change très rapidement. Ça y est, j’ai la musique du Roi Lion dans la tête.

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La team est au complet devant la grille de l’hôtel. On est même en avance, tout le monde attend ce moment avec impatience. Bob divise le groupe en 2. Le premier fera une marche de 45 minutes pour rejoindre le stade tandis que l’autre groupe prendra un chemin plus court en 10 minutes. Cela permettra de limiter notre présence sur le stade car on ne passe pas inaperçu. Le stade Kamariny est loin de nos critères mais vraiment mythique. Il passerait en occident pour un stade sans âge et laissé à l’abandon. C’est pourtant sans aucun doute, la piste qui a du accueillir les plus grands noms et champions du fond et demi-fond. Cette piste en terre battue a sa corde creusée comme une rigole du fait notamment du nombre impressionnant de personnes qui s’entraînent ici quotidiennement. Le tour de piste mesure 402 mètres en référence au mile qui se court ici en 4 tours. Il n’y a sans doute aucun entretien, un coup de râteau permettrait de corriger un peu cet effet, mais ici tout le monde se contente de cette piste. Il y a un sautoir en longueur et même un pour les perchistes (avec copeau de bois). Je pense qu’ils n’ont jamais été utilisés.

Au virage opposé, la rivière du 3 000 steeple ressemble à tout sauf à une rivière. Les kenyans sont pourtant presque invincible sur cette discipline depuis plus d’un quart de siècle.

Il y a également une superstition. S’entraîner ici a toujours réussi aux champions kenyans. Pour preuve, la piste en tartan de Lornah Kiplagat (qui a d’ailleurs été offerte par le marathon de Londres Charity) n’est que très rarement utilisée. Au Kamariny, Il y a toujours quelqu’un autour de cette piste. Ici, le rendez-vous habituel est fixé le mardi et jeudi matin. On y sera bien évidemment demain matin. Il peut y avoir certains jours de 300 à 500 athlètes au stade. Ca démange tout le monde de courir ici. Chaque chose en son temps. Bob nous a prévenu, pour la séance de demain : « il faudra retirer environ 2 km/h à sa vitesse habituelle du fait de l’altitude notamment ». Quand je vois l’allure de certains autour de cette piste, je suis juste impressionné.

Je rentre par le petit chemin que nous emprunterons tous les jours. Ce passage est très agréable. On y croise pleins d’enfants avec des sourires jusqu’aux oreilles. La fameuse terre de couleur ocre est très présente. Le chemin est comme partout ici très vallonné, on est entouré de lopins de terres cultivés.

Petit déjeuner copieux composé de fruits frais, de jus de mangue et de pancake au miel. Au milieu du repas, on nous propose de faire figurant sur un petit film. Pourquoi pas. Le rendez-vous est fixé sur la passerelle. J’y retrouve Florence Kiplagat, nouvelle détentrice du record du monde de semi-marathon en 1h05m09s établit à Barcelone il y a quelques semaines. Elle a également gagné 2 fois le marathon de Berlin et est double championne du monde de cross. Le clip sera apparemment diffusé par l’office du tourisme du Kenya. Je fais un selfie avec elle, cela fera un bon souvenir.

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Il est ensuite temps de voir Bruno. Je lui demande d’observer mon mollet droit. Après plusieurs manipulations, je n’ai pas de douleurs. C’est bon signe, je suis rassuré. Bob décide donc de me donner un programme spécial dans les premiers jours car je n’ai pas fait de sports depuis plus de 4 semaines. Je retournerai donc ce soir autour du stade pendant que les autres feront une séance de PPG et de renforcement.

Après le déjeuner, nous partons par petit groupe faire un tour en ville. Après 800 mètres de piste, nous retrouvons la route principale traversant la ville. On découvre la fameuse arche mentionnant « Welcome to Iten Home of champions » d’un côté et « Thanks for visiting home of champions » de l’autre surplombé d’un coq et entouré de part et d’autre des couleurs du drapeau du Kenya.

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On marche sans trop savoir où l’on va. On s’arrête dans 2 magasins où l’on vend des chaussures de sport neuves ou d’occasion. Certains craquent pour des t-shirt ou débardeurs aux couleurs du Kenya. Bob nous avait averti, ce sont des contrefaçons. Sur la devanture du magasin : un calendrier avec l’ensemble des dates des courses du monde entier. Les chasseurs de primes sont bien avertis. On finit notre découverte de la ville par un marché. Les stands sont faits avec des pieux en bois surmontés de plaques en tôles. La chaleur et la poussière commencent à être très présente, il est temps de rentrer, une séance nous attend à 17h.

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