J’ai découvert cette course l’année dernière à travers une vidéo publiée sur les réseaux sociaux. Les conditions dantesques et chaotiques ont dû en refroidir plus d’un. Au contraire, j’ai été séduit par le passage de crêtes longeant la frontière espagnole ainsi que les paysages.

Je me fixe cette course, en objectif annuel, en programmant quelques trails au premier semestre. Je sais à l’avance que je n’aurai pas énormément de temps pour me préparer et que je serai très juste au niveau dénivelé. Je n’ai d’ailleurs pas couru la distance d’un marathon depuis avril dernier pour boucler les majors dans la capitale britannique. Le profil de ce marathon de la montagne, comme le surnomme l’organisation est costaud : 42km pour 2 800 m de dénivelé positif et négatif puisque l’on fera une boucle. Par comparaison, c’est environ 400m de D+ supplémentaire que le parcours du marathon du Mont Blanc ou du Ventoux.

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Cette course sera également l’occasion de découvrir ce secteur car je ne connais pas encore le pic d’Orhi (point culminant du pays basque avec 2 017 m) ni la passerelle d’Holzarte et les célèbres gorges de Kakuetta. Si vous êtes dans la région, c’est pour moi un passage incontournable accessible sur le fameux GR10 qui traverse les Pyrénées.

Xibero signifie La Soule en basque. C’est le plus petit des sept territoires historiques du Pays basque. Deux communautés autonomes espagnoles : la communauté autonome du Pays basque (dont les trois provinces, Alava, Guipuscoa et Biscaye, représentent 35 % du territoire et 70 % de la population totale), et la Navarre (plus de 50 % du territoire et 20 % de la population totale). Ainsi qu’une portion du département français des Pyrénées-Atlantiques : le Pays basque français (le Labourd, la Basse-Navarre et la Soule représentent 15 % du territoire et 10 % de la population).

Si vous souhaitez vous loger à proximité du départ, je vous conseille de réserver bien à l’avance. En effet, les offres sont limitées. Je suis gentiment hébergé par ma belle-famille à proximité de Mauléon ce qui me permet de prolonger un peu ma nuit. Après un rapide petit-déjeuner, je prends la route à 5h45 pour rejoindre Romain que j’ai motivé pour me suivre sur cette course. Rdv à 6h30 à Larrau, c’est déjà l’effervescence pour ce village de moins de 200 habitants. Les inscriptions sont complètes depuis un moment : 400 dossards (300 solo et 50 équipes de 2) au tarif de 35 euros sur le 42km et 200 dossards sur le parcours du 15km. J’ai réservé dès début avril.

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Départ sur la place principale du village à 7h. Rappel des consignes de sécurité et du parcours. Il nous parle du célèbre mur peu après la mi-course à Otxogorrigaina avec des pentes bien raides. J’ai préféré ne pas regarder, ce sera la surprise. Le beau temps est au rendez-vous pour cette cinquième édition, il fera même très chaud apparemment. Il faudra penser à bien s’hydrater, l’organisation a rajouté des points de ravitaillements. On se positionne sur la ligne de départ dans le premier rang, je décide de partir plutôt prudemment. Je laisse filer Romain tout en le gardant en visuel. Les 5 premiers kilomètres sont en descente, je garde un bon rythme en restant relâché.

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Première montée en direction de la passerelle d’Holzarte, je sors pour la première fois les bâtons. J’aperçois déjà la passerelle au loin, presque 180 mètres de haut avec les gorges de Kakuetta. La végétation est luxuriante avec cascades et grottes. Nous ne pouvons pas courir sur la passerelle et devons passer à 7 maximum. Cela permet d’admirer encore plus ce site magique.

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Il fait encore frais, c’est agréable. Les récentes pluies laissent par moment un terrain bien boueux, je reste concentré sur mes placements. Peu avant le km 10, je trébuche sur un rocher et me rattrape comme je peux sur le côté. J’ai la respiration un peu coupé, heureusement pas de blessures physiques. Je reste sur le côté pendant une dizaine de minutes pour reprendre mes esprits. La route est encore longue. je redémarre gentiment en m’aidant de mes bâtons. J’arrive rapidement au premier ravitaillement au plateau d’Ardakoxia (km 12 / 980m). Le ravitaillement est complet. Je prends un peu de coca et recharge mes flasques d’eau.

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Le rythme revient petit à petit. Une belle montée nous mène à Otxogorri (km 14 / 1410m), les paysages commencent a être plus montagneux, plus exposés au soleil mais avec une petite brise agréable. Je rejoins rapidement le cayolar Escantolha (km 19 / 1350m), cabanes utilisées par les bergers transhumants. Les cloches des brebis résonnent à travers la vallée. Port de Belay signale la mi-course (km 21 / 1730m) avec la première barrière horaire qui est fixée à 4h. Elle est repoussée finalement d’une heure. Je passe le point après 3h54m de course. Pour la première fois, la montée du mur à Otxogorrigaina est chronométrée.

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La montée vue du bas est impressionnante, pas de sentiers et raides. Il faut monter à pic et progressivement. Je pense n’avoir jamais monté quelque chose d’aussi raide avec des portions annoncées à plus de 20%. Heureusement, j’ai ramené les bâtons. Je mets 25m45s à arriver là-haut, la route vers Larrau est encore longue. Je suis content d’en avoir fini avec ce mur, je commençais à avoir des débuts de crampes.

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Depuis le pic d’Otxogorrigaina (km 23 / 1920m) jusqu’au port de Larrau (km 30 / 1570m), nous courrons sur les crêtes. La vue est dégagée et le paysage à couper le souffle. Ces petits sentiers forment la frontière entre la France et l’Espagne sont assez roulants. Les écarts entre les participants se creusent, c’est agréable d’être sur une course sans trop de participants et où on peut pleinement profiter du parcours.

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J’aperçois au loin le port de Larrau, une des seules portions du parcours accessibles aux voitures et donc aux supporters. Ma belle famille m’y attend. J’en profite pour faire une pause, recharger mes flasques et discuter un peu. Déjà 5h30 de courses, je pensais mettre un peu moins de temps pour rejoindre ce ravitaillement. Je suis plutôt en forme, la dernière montée vers le pic d’Orhi (km 32 / 2017m) est la dernière difficulté de la journée avant la grosse descente vers la place du village.

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Il fait maintenant très chaud, le vent qui rafraîchissait l’atmosphère en début de course a maintenant disparu. L’ombre se fait rare durant la montée du pic d’Orhi. Je garde mon rythme de marche active sur toute la montée. Mes bâtons sont mes meilleurs amis. De nombreux randonneurs venus en supporters sont sur le bord du sentier. Les crampes commencent à revenir, je m’étire à deux reprises. Je continue en parallèle de m’hydrater régulièrement, le sommet approche. J’entends au loin les cloches qui font office d’encouragements lors des courses de montagne. Ambiance au rendez-vous au sommet avec le drapeau basque qui marque l’arrivée à 2 017 mètres. J’y arrive après 6h15 de courses.

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Il reste un peu plus de 10 km pour rejoindre Larrau. Pratiquement que de la descente parmi des sentiers plus ou moins roulants. La chaleur est toujours aussi présente. L’organisation a décidé de rajouter des points d’eaux complémentaires qui sont vraiment les bienvenus. Kiwi très rafraîchissant au ravitaillement, c’est une première pour moi. Je mets le pilotage automatique et débranche le cerveau sur la dernière partie de course.

Je franchis la ligne au bout de 7h34m31s (moyenne de 5,54km/h) en 123ème position avec ma fille dans les bras sur les derniers mètres. Les paysages et l’organisation valaient vraiment le déplacement. Romain termine 20 minutes avant moi, il a également apprécié. Balisage et bénévoles impeccables sur cette course, un grand bravo car il faut une sacrée organisation.

Le vainqueur, Yohan Viani, jeune espoir venu de Nice a gagné cette édition en 4h17m, vraiment impressionnant. Il a monté le mur en 11m28s !!!